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Dimanche 28 octobre 2012 7 28 /10 /Oct /2012 11:31

senat-senat-luxembourg.jpg

 

Il est de bon ton, en ces temps d'austérité budgétaire de stigmatiser quelques institutions de la République, comme le Conseil Economique et Social ou le Sénat, jugés être peu utiles et dispendieux. Le livre d'Ivan Stefanovitch et de Robert Colonna d'Istria sur Le Sénat, enquête sur les super-privilégiés de la République, est assez féroce sur le rapport qualité/prix de l'institution sénatoriale qui mène grand train pour une assiduité incertaine ! Lionel Jospin, alors premier ministre, avait même taxé l'institution d'anomalie démocratique, en 1998 !

Il faut dire qu'en tant de crise, le discours anti-élite est récurrent, mais il n'en reste pas moins, que les sénateurs jouent un rôle majeur dans la Veme République, puisqu'en tant que membre du Parlement, comme il est défini dans l'article 24 de la Constitution, il est dépositaire, avec les députés siégeant à l'Assemblée Nationale, du pouvoir législatif, de voter et d'initier des propositions de lois. Certes, il souffre d'un déficit de légimité par rapport à son alter-ego du Palais Bourbon, puisqu'il n'est élu qu'au suffrage universel indirect, mais il représente les collectivités territoriales, ce qui fait de lui un acteur majeur de notre République.

Nous allons, dans un premier temps, étudier les origines du Sénat et, plus généralement, du bicamérisme, qui a marqué la plupart des constitutions françaises depuis la Révolution française. Puis, nous étudierons les pouvoirs de l'institution sénatoriale, sous la Veme République. Enfin, nous nous attacherons à analyser les mutations qui ont modifié le vénérable cénacle depuis 1958.

 

I. Le bicamérisme, ou de la limitation des pouvoirs.

 

a°) Une tradition anglaise.

 

La Veme République institue un système politique bicamériste, avec deux chambres, l'Assemblée Nationale et le Sénat, qui constituent le Parlement. Ce système s'inspire de la pratique politique anglaise.

En effet, dès le 14ème siècle, en pleine guerre de Cent ans, Edouard III, alors roi d'Angleterre, 

 

King_Edward_III_from_NPG.jpg

(source: wikipedia)

 

qui divisa le Grand Conseil en deux chambres, celle des Communes et celle des Lords. Les révolutions de 1640 et de 1688 exclueront le roi anglais du pouvoir législatif, conformément au Bill of Rights qui définira, en 1689, les nouveaux principes guidant la monarchie britannique. Le pouvoir législatif sera alors exclusivement du ressort des deux Chambres.

 


b°) Montesquieu ou la théorie du bicamérisme.

 

En France, c'est Montesquieu qui, dans son Esprit des Lois (1748), théorisa les vertus du bicamérisme. Pour le bordelais, les deux chambres britanniques maintiennent un subtil équilibre des pouvoirs, évitant de possibles dérives autoritaires, puisque les deux assemblées, incarnant des intérêts différents, l'une, la bourgeoisie, l'autre la noblesse,  se neutralisent. Bref, pour lutter contre le pouvoir, multiplions-les !

La future Constitution américaine s'inspirera des principes du français, en optant pour le bicamérisme, avec la Chambre des représentants et un Sénat.

 

c°) Le bicamérisme français, fruit des dérives de la Terreur révolutionnaire.

 

En France, c'est la Constitution du 5 Fructidor an III (1795), institutant le Directoire, qui introduit le bicamérisme, avec un Conseil des 500 et un Conseil des Anciens, partageant le pouvoir législatif. Le rapport du projet constitutionnel, Boissy d'Anglas déclarera:

"Il faut opposer une digue puissante à l'impétuosité du corps législatif. Cette digue, c'est la divions en deux assemblées".

 

Les anciens conventionnels reprennent donc le principe de Montesquieu, et voient dans le bicamérisme un moyen de limiter le pouvoir législatif. Il faut dire que la France sortait juste de la Terreur révolutionnaire, imposée par une Convention dominée par Robespierre et Saint-Just, qui a bien illustré que le pouvoir concentré dans une seule assemblée, pouvait s'avérer dangereux en ces temps incertains. 

Effrayés par les dérives terroristes de cette feu Assemblée Constituante, élue au suffrage universel masculin, en 1792, les anciens conventionnels modérés vont faire de la chambre haute, le Conseil des anciens, ancêtre du Sénat, le pivot du Directoire, puisque cette chambre composée de 250 représentants de plus de 40 ans, pouvait rejeter les lois votées par le Conseil des 500 et nommait les 5 directeurs qui exerçaient le pouvoir exécutif.

Dans les autres régimes politiques que connaîtra la France, par la suite, une chambre haute sera la norme avec des appelations différentes, Tribunat durant l'Empire, chambre des pairs, sous la Restauration et la Monarchie de Juillet, Sénat sous la IIIeme et Veme République, Conseil de la République durant la IVeme  République. Seule la 2nde République entre 1848 et 1951, retournera au monocamérisme jusq'au coup d'Etat de Louis Napoléon Bonaparte, en 1851,

 

napoleon-empire.jpg

 

qui rétablira les deux chambres.

 

La Veme République rétablira un Sénat avec un pouvoir législatif, alors que sous la IVeme, la chambre haute, nommée Conseil de la République, n'avait qu'un pouvoir consultatif.

 

II.Le Sénat, acteur majeur de la Veme République.

 

a°) Le Sénat représente les collectivités territoriales.

 

Alors que l'Assemblée Nationale est élu au suffrage universel direct, le Sénat, représente les collectivités territoriales, selon l'article 24, il est élu au suffrage universel indirect. L'institution sénatoriale a donc un déficit de légitimité par rapport à son homologue du Palais Bourbon, puisque son électorat se compose de grands électeurs qui font partie:

- des communes.

- des départements.

- des régions, depuis 1986, date des premières élections régionales.

- des collectivités à statut particulier.

- des collectivités outre-mer.

 

Sur ces 150 000 conseillers des collectivités territoriales, 142 000 sont des conseillers municipaux, soit 95 % du corps électoral. Or, comme la France a 36000 communes, le Sénat est souvent perçu comme le représentant de la France rurale, plutôt conservatrice. D'ailleurs de 1958 à 2011, le sage aéropage a toujours eu une majorité de droite. Il aura fallu attendre octobre 2011, pour voir le premier président du Sénat de gauche, en la personne de Jean-Pierre Bel.

 


jean-pierre-bel.jpg

 

Le sénat  obéit donc à une logique élitiste qui est dans la conception, historique, d'une chambre haute, sensée, par son conservatisme, compenser l'ardeur législative de l'Assemblée Nationale.


b°) Il vote et propose les lois.

 

Selon l'article 24 de la Constitution, le Sénat et l'Assemblée Nationale forme le Parlement, qui vote la loi et contrôle l'action du gouvernement. L'institution sénatoriale est donc dépositaire, avec son alter-ego du Palais Bourbon, du pouvoir législatif. Il peut amender les textes législatifs (article 44).

La double lecture des textes de loi, par les deux assemlées,  améliore grandement la qualité de ces derniers.

L'article 39, dispose que le Sénat, comme le gouvernement et l'Assemblée Nationale, a une iniative législative puisqu'il peut déposer des propositions de lois.

 

c°) Le Sénat et les révisions constitutionnelles.

 

Le Parlement peut être à l'initiative d'une révision de la Constitution (article 89) avec une proposition de révision. Lorsque les deux assemblées se mettent d'accord sur le texte identique, il est soumis au référendum.

Les sénateurs peuvent aussi saisir le Conseil Constitutionnel, si ils sont 60, pour juger de la constitutionnalité d'une loi ou d'un traité international (article 61).

Pour un projet de révision constitutionnelle, venant du gouvernement , sur décision du Président, le Parlement peut-être réuni en Congrès. Si les 3/5 des parlementaires votent pour le texte, le projet est adopté sans passer sous les fourches caudines des français, par le biais d'un référendum.

Après le rejet du Traité Constitutionnel Européen ou TCE en 2005 par référendum, le président Nicolas Sarkozy, devant l'euroscepticisme des français, n'a pas voulu prendre le moindre de risque, et a fait valider le Traité de Lisbonne, ersatz du TCE, modifiant le fonctionnement institutionnel de l'Union Européenne, par le Parlement  réuni en Congrès, en 2008.

Les partisans du non au TCE (extrême-gauche et extrême-droite) ont crié au scandale et au déni de démocratie, accusant le gouvernement d'ignorer le vote des français, en 2005, pour faire passer un texte très proche, par la voie parlementaire.

 

d°) Le Parlement et la guerre.

 

Le Parlement autorise une déclaration de guerre (article 35) et l'état de siège, décidé par le gouvernement, doit être prorogé, au bout de 12 jours, par un vote des deux assemblées (article 36).

 

e°) Le président du Sénat, 3eme personnage de l'Etat.

 

Dans l'ordre protoclaire, le Président du Sénat est le 3eme personnage de l'Etat, derrière le Président de la République et le Premier Ministre, mais devant le Président de l'Assemblée Nationale. 

Selon l'article 7 de la Constitution, il fait fonction de Président de la République par intérim, en cas de vacance de la présidence.

Cette situation est arrivée deux fois, dans l'histoire de la Veme République, puisque le président du Sénat de l'époque, Alain Pohera assuré la fonction suprême par intérim,  lors de la démission du général de Gaulle, en 1969 et lors de la mort du Président Georges Pompidou, en 1974.

Le Président du Sénat doit être consulté par le Président de la République lorsque ce dernier veut dissoudre l'Assemblée Nationale ou imposer des pouvoirs exceptionnels, comme l'autorise l'article 16.

Il désigne 3 membres sur 9 du Conseil Constitutionnel (article 56), deux des six personnalités qualifiées pour le Conseil National de la Magistrature (article 65), et il participe à la nomination de personnalités pour d'autres Conseils moins importants.

 

f°) La prééminence de l'Assemblée Nationale sur le Sénat.

 

L'Assemblée Nationale étant élue au suffrage universel direct, elle dispose donc d'une légitimité politique plus importante que le Sénat, seulement élu au suffrage universel indirect, par un collège de 150 000 élus des collectivités territoriales.

Aussi, même si les deux chambres font partie du Parlement et disposent du pouvoir législatif, c'est l'Assemblée Nationale qui, en cas de litige avec le Sénat, concernant un texte de loi, aura, en dernier ressort, le pouvoir de trancher comme dispose l'article 45.

De plus, le Sénat n'a aucun pouvoir sur l'exécutif gouvernemental, alors que l'Assemblée Nationale, par le biais de l'article 49, qui permet aux députés de déposer une motion de censure contre la politique du gouvernement. Si celle-ci est acceptée par l'Assemblée, le gouvernement doit présenter sa démission au Président de la République (article 50).

Jean-Pierre Dubois parle de "bicaméralisme inégalitaire", à propose du système français.

 

III. Le Sénat, une institution qui s'adapte ?

 

(A lire un très bon article de L'Humanité, sur ce sujet)

 

a°) L'échec du projet gaulliste de réforme du Sénat.

 

En 1969, le général de Gaulle, exaspéré par des sénateurs qui lui étaient hostiles, édita un projet de réforme de l'institution. Il voulait fondre le Sénat avec le Conseil Economique et Social (et environnemental depuis la réforme de 2008) et dépouiller l'auguste assemblée de son pouvoir législatif, pour en faire un organe consultatif sans pouvoir.

Le général demanda l'avis des français par le biais d'un référendum et menaça de quitter le pouvoir, en cas d'échec.

Avec 52,41 % de Non, les français refusèrent la réforme du Sénat et la régionalisation lors du référendum du 27 avril 1969, démontrant la résistance des représetants des collectivités territoriales à la volonté présidentielle. Humilié, De Gaulle quittera le pouvoir et mourra l'année suivante.

 

 

b°) France urbaine contre France rurale.

 

Pour Dominique Rousseau, professeur de droit constitutionnel, le Sénat qui se veut représentatif des collectivités territoriales, représente surtout les communes rurales, puis sur 150 000 grands électeurs, 142 000 sont des conseillers municipaux, siégeant au conseil municipal de 36 000 communes, dont la grande majorité sont des villages ruraux où ne vit qu'un quart de la population. Cette surreprésentation des petites communes au détriment des collectivités départementales et régionales qui structurent l'espace économique, culturel  et social de la France est donc un déni de démocratie ! Il faudrait donc réformer le mode d'élection des sénateurs, pour que ces derniers représentent, de manière équilibrée, la France des différents territoires.

 

c°) Une  institution dont l'accès se démocratise.

 

Pendant longtemps, le Sénat était perçu comme un cénacle de gérontes qui finissaient leur carrière politique dans la vénérable assemblée. Or, depuis 2004, l'âge pour être éligible au Sénat est passé de 35 ans à 30 ans et à 24 ans, depuis 2011. Cette tentative pour rajeunir l'institution est louable, puisqu'en 2011, les sénateurs de moins de 41 ans représentaient 0,3 % de l'ensemble, soit un sénateur,  et la moyenne d'âge restant à 65 ans.

De plus, lors de la réforme de 2004, la durée du mandat de sénateur est passée de 9 à 6 ans.

Ces deux mesures ont été faites pour apporter du sang neuf à l'institution sénatoriale qui avait tendance à crouler sous les âges canoniques de ses sociétaires.

 

d°) Des collectivités territoriales qui évoluent.

 

Le président Nicolas Sarkozy, en 2010, avait engagé une réforme profonde des collectivités territoriales, visant à simplifier l'organisation territoriale du pays, autour de deux pôles, région/département et intercommunalité/commune. Une nouvelle catégorie d'élu local sera élu, le conseiller territorial, siégeant au conseil général et au conseil régional, à partir de 2014.

Cette réforme de l'organisation territoriale pourrait avoir des conséquences, souhaitables, sur la nécessaire adaptation du collège électoral élisant les sénateurs, pour une meilleure représentationdes collectivités territoriales.

Mais cette réforme peut être remise en cause par le nouveau gouvernement de gauche, qui, majoritaire dans les conseils généraux et régionaux, ne souhaite peut-être pas remettre en cause cet avantage politique.

 

Conclusion:

 

Le Sénat est-il utile ? Oui, sans aucun doute ! La chambre haute est un élément de modération politique qui peut éviter quelques dérives politiques, que nous n'avons pas connu depuis longtemps, d'où, le sentiment de son inutilité. Il procède d'une réflexion historique sur la nature du pouvoir, qu'avait théorisée Montesquieu, et qui partait du principe que pour contrôler le pouvoir, il faut le multiplier ! L'épisode de la Terreur révolutionnaire issu de la Convention, ne fit que renforcer l'analyse du bordelais et les élites se méfieront désormais d'une assemblée unique, élu au suffrage universel (masculin pour la Convention) direct. La création d'une chambre haute fut alors un pendant oligarchique à la démocratique chambre basse, l'une modérant l'autre, partant du principe que les "grands électeurs" avaient une conscience plus éclairée de l'intérêt public que le bas peuple, souvent emporté par ses passions et séduit par des démagogues.

Il n'en reste pas moins que cette vénérable institution, siégeant au Palais du Luxembourg, doit se rénover pour mieux représenter les collectivités territoriales, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui, puisque 95 % de ses grands électeurs sont des conseillers municipaux, presque tous issus de petites communes rurales, ce qui fait que le Sénat incarne encore une France rurale qui ne concentre que le quart de la population française.

 

Un petit QUIZZ sur le Sénat.

 



 




 


 


 

 


Par Tietie007 - Publié dans : Veme REPUBLIQUE - Communauté : Passion Histoire
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Dimanche 21 octobre 2012 7 21 /10 /Oct /2012 06:12

Pour la première fois, en 2007, selon la Banque Mondiale, le nombre de citadins a dépassé le nombre de ruraux, faisant de l'espace urbain, le lieu d'habitation majortaire des terriens. Cette urbanisation est encore plus prégnante dans les pays développés, où les 2/3 de la population vivent dans les villes.

Mais si la ville est aujourd'hui un paysage familier, si la norme est d'être un urbain, ce ne fut pas le cas avant le 19eme siècle, où les ruraux étaient majoritaires.

Toutefois, l'urbanisation est un phénomène très ancien, qui est apparue à la fin de l'ère néolithique, où l'apparition de l'agriculture a sédentarisé les chasseurs-cueilleurs nomades qui sont devenus des agriculteurs attachés à leur terre. La première cité connue, Uruk, est apparue en Mésopotamie, au cours du IVeme millénaire avant J-C, et c'est dans cette région que vers -3000 avant J-C, l'écriture a fait son apparition, sortant l'histoire des âges sombres de la préhistoire pour la projeter dans l'Antiquité.

Mais si les termes "cité" et "civilisation" sont étymologiquement liés par la racine latine "civitas", qui lie la ville à la citoyenneté et à l'épanouissement de la technique et des arts, l'espace urbain est aussi perçu comme un lieu plein de noirceur, où le crime et la corruption peuvent régner, comme dans les récits bibliques sur Babylone, où la concentration des populations peut générer des révoltes et des révolutions, mettant en péril l'ordre établi, transformant l'espace habité en "enfer urbain", comme certaines mégalopoles actuelles, rongées par la délinquance et la pollution en donnent le triste exemple.

C'est cette dimension janusienne de la ville que nous allons traîter, de la ville lumière à la sombre cité,  en suivant une trame chronologique, de la cité antique, dans laquelle s'épanouira la civilisation, aux mégapoles actuelles.

 

I°) La ville, creuset des civilisations ?


L'apparition de la ville est concomitante à l'invention de l'écriture, et il est fort probable que la première ait enfanté la seconde, faisant de l'espace urbain le lieu où s'épanouira la civilisation. Il n'en reste pas moins que dès son origine, la ville inspire aussi de la crainte, par son pouvoir de corruption des âmes, notamment dans le récit biblique.


a°) La cité biblique.

 

Dans le récit biblique, c'est Caïn, l'agriculteur, qui tua son nomade de frère, Abel, condamné par Dieu à l'errance pour son crime, il créa la première ville, dans le pays de Nod, le pays de l'errance, baptisée Hénoch, qui signifie le "commencement".

C'est dans cette nouvelle ville, que naîtra l'artisanat du métal, avec Tubalcaïn, mais aussi l'art, avec le joueur de flûte, Youbal.

Dès l'origine, la ville est associée au travail agricole ou artisanal et à la création artistique, fonction laborieuse et culturelle qui sont toujours d'actualité.

Mais dans la geste biblique, la ville peut prendre des atours plus diaboliques, puisqu'abritant des créatures pêcheresses, comme à Sodome et Gomohrre, détruites par le feu divin.

 

b°) Uruk, la première ville connue.

 

Uruk est la cité la plus ancienne que nous connaissons, dans le sud de l'Irak, sur les bords de l'Euphrate, apparue au cours du IVeme millénaire avant J-C. Elle est le fruit de la révolution néolithique qui vit l'homme domestiquer les plantes et créer l'agriculture, qui attacha le paysan à sa terre, sédentarisation des hommes qui contrastait avec le nomade chasseur-cueilleur. On retrouve d'ailleurs cette opposition sédentaire/nomade dans le récit biblique, avec Caïn, l'agriculteur, qui tua son frère, Abel, l'éleveur.

C'est ici que fut crée l'écriture dite cunéiforme, en -3000 avant J-C, ligne de partage entre la préhistoire et l'Antiquité, preuve que la civilisation urbaine naissante était propice à l'épanouissement d'une civilisation de l'écrit.

 

c°) La beauté vénéneuse de Babylone.

 


C'est la ville de Babylone, créée dès le IIeme millénaire avant J-C, qui connaîtra son "âge d'or" à l'époque de Nabuchodonosor II, au 6eme siècle avant J-C, avec ses mythiques jardins suspendus, décrits par les auteurs grecs, mais qui sera vilipendée par le récit biblique, puisque la Génèse y situe la célèbre Tour de Babel, symbole de l'orgueil des hommes, 

 

babel tour tower

(La Tour de Babel, de Pieter Brueghel l'Ancien, 1563)

 

paradigme de la corruption, antre de Lucifer, dans la tradition chrétienne.

On retrouve ici la vision païenne, gréco-romaine de l'espace urbain, lieu de la citoyenneté et de l'épanouissement de la civilisation, alors que la perception judéo-chrétienne fait de la cité un espace corrompu (Sodome et Gomohrre ou Babylone) où les hommes se perdent et qui ne pourra jamais être à l'image de la perfection de la cité céleste, chère à Saint-Augustin. La ville symobolise l'orgeuil des hommes face à Dieu, puisqu'elle signifie, implicitement, l'émergence d'un espace autonome où les hommes se géreront eux-mêmes. (On peut lire l'essai de Jacques Ellul, Sans feu, ni lieu, sur l'interprétation biblique de la ville).

 

 

d°) La cité grecque et romaine, creuset de la citoyenneté et de la civilisation.

 

La guerre de Troie, narrée par Homère dans L'Iliade, qui est indirectement liée à la naissance de Rome, a profondément marqué l'imaginaire occidental. Mi-réelle, mi-légendaire, ce siège de la cité de Troie, en Asie Mineure, par une coalition d'achéens, donne une image militaire des cités de l'époque, protégées par leurs épaisses murailles.

Les "cités-Etats" grecques, la "polis", associe intimement, l'urbanité à la citoyenneté et est composée d'hommes libres et autonomes qui ont décidé de vivre ensemble en se soumettant à la loi de la cité. La statut de citoyen vivant dans la "polis", distingue le monde grec civilisé du barbare. La loi est tellement importante pour les citoyens grecs, que Socrate refusa de s'enfuir pour éviter la peine capitale et préféra accepter le verdict de ses juges en buvant la cigüe. Même si la cité grecque excluait de son fonctionnement politique les femmes et les esclaves, il n'en reste pas moins que c'est dans cet espace, notamment à Athènes, qu'une nouvelle organisation politique vit le jour, la démocratie, et que l'esprit philosophique naquit, dans l'Académie platonicienne ou le Lycée aristotélicien. La cité grecque fut avant tout le lieu de la modernité politique, autour de l'agora et de l'apprentissage du savoir.

La "civitas" latine reprit l'héritage de la "polis" grecque, puisque le terme désignait autant la "citoyenneté" que la "civilisation".  La cité romaine était donc, comme chez les grecs, la limite entre le monde civilisé et la barbarie, frontière tracée par la charrue de Romulus, fondateur de Rome, en -753 avant J-C, délimitant cet espace quasi-sacré, franchi par Remus, qui paya ce blasphème par la mort. 

La Rome impériale sera pendant 5 siècles, le berceau de la puissance, concentrant les attributs du pouvoir, qui se déclinait dans des ouvrages monumentaux, comme le Colisée

colosseum-colisee-rome.jpg

(source:wikipedia)

 


les arcs de triomphe de Vespasien et de Titus, les marchés de Trajan, ou les superbes thermes de Caracalla, sans oublier le forum, haut lieu du pouvoir politique. La civilisation urbaine romaine parsèmera tout l'Empire, et ses marques sont encore présentes aujourd'hui, en Provence, avec les arènes d'Arles et de Nîmes, le théâtre antique d'Orange, comme dans toutes les anciennes provinces impériales.

La chute de Rome en 476 après J-C, emportée par la fureur des barbares, sera la revanche de ces nomades guerriers, contre la sédentaire civilisation romaine.

Seule Constantinople, capitale de l'Empire romain d'Orient, survivra avec magnificence, jusqu'à sa chute, en 1453, contre les turcs ottomans. La cité de Constantin gardera les oripeaux de la puissance impériale, qui s'inscriront dans la Basilique Sainte-Sophie, érigée dès 532, par l'architecte et mathématicien, Isidore de Milet,  sur l'ordre de l'empereur Justinien le Grand, prodige de l'architecture de l'époque, avec sa monumentale coupole. Près de 10 siècles plus tard, Mehmet II, le sultan ottoman, la transformera en mosquée, 

 


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uniquement surpassée par la Mosquée Bleue, deux siècles plus tard, dans un face à face muet et séculaire,

 


blue-mosquee-istanbul.jpg

 


faisant de l'actuelle Istanbul, une ville-monde, passerelle entre l'Orient et l'Occident, l'Europe et l'Asie, baingée par les eaux du Bosphore, attestant que la ville est un haut lieu de religiosité.

 

e°) Les fonctions traditionnelles de la ville.

 

L'espace urbain que ça soit en Mésopotamie, en Grèce ou à Rome concentrent certaines fonctions immuables que l'on retrouvera dans toutes les aires géographiques et à toutes les époques. On peut donc parler de :

- fonctions politique, administrative et juridique, puisque c'est dans la ville que siège le pouvoir politique et judiciaire.

- de fonctions commerciale et  financière, puisque c'est dans la cité que marchands et banquiers se livrent à leur commerce.

- de fonctions éducative et sanitaire, puisque c'est dans la ville que se développe écoles et hôpitaux.

 - de fonctions culturelles et de divertissement, qui vont du musée aux salles de spectacles.

II. La ville au Moyen-Age: déclin et renouveau.

 

a°) Les royaumes barbares et le déclin citadin.

 


La fin de Rome, en 476 après Jésus-Christ ne fut que le point final à une longue agonie et promut ces nomades de barbares par rapport aux sédentaires et urbains romains. L'Empire éclata sous l'effet des forces centrifuges et les villes se dépeuplèrent, laissant les ouvrages d'art non entretenus. La logique barbare était plus nomade que sédentaire, et les vagues successives de tribus généraient un grand désordre.

Les francs mérovingiens puis carolingiens étaient avant tout des guerriers, et le centre du pouvoir se déplaça des villes vers les châteaux-forts, forteresses militaires gérant des fiefs, matrice de la future féodalité. 

Le commerce se déplaça dans les abbayes et monastères bénédictins puis cisterciens, où les moines bâtisseurs, suivant la règle de Saint-Benoît, se servaient du travail manuel comme un labeur rédempteur. C'est le temps des abbayes de Cluny, fondée en 908 ou de Cîteaux, créée en 1098, avec leurs moines qui défrichent et mettent en valeur le territoire, devenant de véritables petits entrepreneurs.

 

b°) La révolution communale et l'essor urbain.

 

Juste après l'an mil, l'essor démographique et le lent enrichissement va entraîner un essor urbain. Connu sous le nom de "révolution communale", elle se caractérise par l'essor de certaines villes du coeur de l'Europe, comme en Champagne, où ont lieu des foires très actives, lieux d'échanges commerciaux qui enrichissent une classe de commerçants. 

Il n'est d'ailleurs par étonnant que certains ordres religieux, comme les dominicains, loin de s'éloigner des villes, comme le firent les bénédictins et les cisterciens, éloignement qui illustrait la méfiance des chrétiens envers la corruption citadine, reviennent au coeur des villes, en ce XIIIeme siècle, pour prêcher la bonne parole !

C'est dans cette ville "nouvelle" que vont d'ailleurs s'épanouir des universités médiévales, à Chartres, Paris ou Oxford,  lieu d'enseignement du savoir scientifique où trône la nouvelle figure de l'intellectuel, comme l'aura précisé Jacques Le Goff, dans Les intellectuels au Moyen-Age.

Dans la péninsule italienne  des cités maritimes comme Gênes ou Venise se font une spécialité du commerce au long cours, en Méditerranée, interfaces entre l'Orient et l'Occident, s'enrichissant de manière exponentielle et agrémentant leurs cités, de superbes palais, comme le palais des Doges, à Venise, édifié à partir de 1340, jouxtant la piazza san marco et immortalisé par les peintures d'un Gentile Bellini, qui se fit le témoin privilégié de la magnificence vénitienne.

 

Gentile_Bellini_004.jpg

(Procession sur la place saint-Marc de Gentile Bellini, 1496).

 


En Allemagne du Nord, autour de la mer Baltique, de nombreuses cités sont créées à la fin du XIIeme siècle, comme Lübeck, Rostock et, rapidement, une association de marchands nommée la Hanse,  va se créer entre les différentes cités teutonnes, dès le milieu du XIIIeme, pour déboucher sur une Ligue des villes hanséatiques très puissante, qui accouchera d'une nouvelle bourgeoisie marchande.

 


holbein-marchand-german.jpg

(Hans Holbein, "Hans-Georg Gisze, Marchand allemand à Londres", 1532)


En Flandres aussi, une cité comme Bruges connaîtra un essor sans précédent, avec ses draperies et sera même acceptée, comme Londres, dans la ligue hanséatique. Elle sera invesite par les marchands vénitiens, au début du XIVeme siècle, comme les Epoux Arnolfini, immortalisés par Jan Van Eyck, en 1432, témoin, en cette occasion, de l'émergence d'une bourgeoisie marchande dans les cités de la fin du Moyen-Age.

 

Van_Eyck_-_Arnolfini_Portrait.jpg

(Source:wikipedia)

 

Cette montée en puissance de cette bourgeoisie urbaine, sera symbolisé par le défi qu'Etienne Marcel, prévôt des marchands de Paris,  lancera au dauphin Charles, le 22 février 1358, signifiant la puissance de la nouvelle classe bourgeoise naissante. Certains y verront les prodromes de la Révolution française !

L'image du noble chevalier reclu dans son château laissera sa place au bourgeois, marchand ou banquier, comme le peindra Quentin Metsys, en 1514,

 

metsys-banquier-femme.jpg

(Le banquier et sa femme, de Quentin Metsys, 1514)

 

 

 qui peupleront les villes comme un Jacques Coeur, à Bourges, qui fit construire un palais très en avance sur son temps. 

Les rois de France alors en campagne en Italie, seront fascinés par cet essor de la civilisaion urbaine, dans la péninsule, éblouis par les palais florentins des Médicis ou des Ricardi, par le Duomo de Brunelleschi, par le Sfumato de Léonard de Vinci, qui finira sa vie au Clos-Lucé, à Amboise, invité par François Ier. Ces rois de France  toujours aussi nomades, d'ailleurs, allant de chateaux en palais, le long de la Loire, avec le vainqueur de Marignan qui fait édifier un immense château renaissance, à Chambord, loin des cités bourgeoises, vieux réflexe nobiliaire attaché à la terre et à la chasse !

Alors que les palais italiens s'inscrivent dans le tissu urbain, et qu'Alberti redonne ses lettres de noblesses à l'architecture, dans son Art d'édifier (1450) ,les châteaux français s'en vont toujours à la campagne, signe que les temps ont du mal à changer, dans le royaume de France, et qu'il faudra attendre Henri IV, pour que la royauté se fixe définitivement à Paris.

 

III.La ville aux deux visages.

 


Après la chute de Constantinople, en 1453, le commerce méditerranéen va être interrompu sous la pression des turcs ottomans, affaiblissant les cités italiennes et déplaçant le centre marchand de l'Europe vers les Flandres et la Hollande. La découverte de l'Amérique, en 1492,  ne fera qu'accélérer ce phénomène de translation vers le nord de l'Europe, la commerce méditerranéen étant surpassée par le commerce atlantique.

 


a°) La ville, creuset du capitalisme.

 


C'est dans les Provinces Unies, à Amsterdam puis à Londres, que vont se développer les prémices d'un capitalisme moderne, sous la houlette de puissantes compagnies commerciales, comme la compagnie des Indes Orientales, créée en 1602, et qui fut la première société anonyme de l'histoire. Le port d'Amsterdam connaîtra son âge d'or au XVIIeme siècle, au niveau commercial mais aussi artistique, avec l'école des peintres néerlandais qui sera portée au zénith par Rembrandt et Vermeer. La dynamique urbaine s'inscrit aussi sur les toiles, comme ce Grand marché de Haarlem, de Gerrit Berckheyde, en 1696, qui nous dévoile l'architecture batave.

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Amsterdam deviendra, en ce siècle, la capitale du commerce et de la finance mondiale, surpassée un siècle plus tard par la thalassocratie britannique et Londres, ville la plus peuplée du monde, au 19eme siècle.

Alors que la civilisation marchande anglo-saxonne s'inscrit dans le tissu urbain, Louis XIV déplace le centre du pouvoir à Versailles, en-dehors de Paris, comme si le roi-soleil ne voulait voir ce Paris bourgeois et retrouver l'habitude des Valois qui préféraient les châteaux de la Loire à la capitale !

 

b°) La ville et les classes dangereuses.

 

Mais l'essor urbain amène son cortège de problèmes. La ville étouffe dans sa gangue médiévale, enserrée dans ses antiques remparts, et les populations s'entassent dans des espaces réduits et insalubres.  Au 17eme siècle, les vagabonds, mendiants et autres voleurs trouvent asile au coeur de la ville, dans les cours des miracles, décrites par Ollivier Chereau, en 1630, dans son livre "le jargon, le langage de l'argot déformé" où l'auteur narrait la vie des mendiants qui élisaient le roi des Argotiers, qui mandait à tous les gueux du royaume. Victor Hugo s'inspira de ce livre pour Notre dame de Paris.

En 1667, Louis XIV manda à Nicolas de La Reynie d'éradiquer ces zones de non-droits. Malgré de nombreuses arrestations qui enverront des milliers de gueux aux galères, marqués au fer rouge, la répression ne pourra endiguer ce fléau social. Il restera de l'action de La Reynie un éclairage public qui éclairait les rues sombres avec des lanternes.

C'est en 1840 que sera établi le lien entre les classes laborieuses et les classes dangereuses avec le livre de Frégier, Des classes dangereuses de la population dans les grandes villes.

Eugène Sue nous narrera les bas-fonds parisiens dans ses Mystères de Paris, décrivant les ouvriers miséreux comme des "barbares aussi en dehors de la civilisation que les sauvages peuplades si bien peintes par Cooper" et Jack l'Eventreur terrorisera les quartiers populaires de l'East End, à Londres, dont Jack London décrira la misère, dans Le peuple de l'abîme.

 

c°) La révolution au coeur des villes.

 

La révolution française dont Paris avait été le phare, avait démontré que les populations urbaines pouvaient être dangereuses pour les pouvoirs constitués. L'émergence d'une classe ouvrière au coeur des villes, au 19eme siècle,  va générer des révoltes et des mouvements révolutionnaires, comme celui des canuts lyonnais, en 1831, juste après les journées de Juillet 1830 qui avaient emporté, une nouvelle fois, les Bourbons.

En 1848, ça sera le Printemps des Peuples qui enflammera les capitales européennes et sera fatal à Louis-Philippe, mais c'est surtout la Commune de Paris, en 1871.

Le percement de grands boulevards, sous le 2nd Empire, répond aussi à des exigences de sécurité publique, permettant aux forces de police voire à l'armée d'intervenir plus aisément dans les centres-villes.

 

d°) Croissance urbaine et ségrégation sociale.

 

L'apparition des transports en commun comme le train et l'exode rural vont générer une croissance urbaine inconnue jusqu'alors. Les villes vont se dilater vers les campagnes proches, sortant de leurs forteresses médiévales. Les banlieues vont naître, espace syncrétique, mi-ville, mi-campagne, n'ayant aucun des atouts des deux espaces. Cités dortoirs, pour la plupart, elles vont surtout accentuer la ségrégation sociale et la spécialisation de l'espace dans les villes. La cité médiévale, engoncée dans ses remparts, mélangeait les classes sociales et les activités économiques. La dilatation de l'espace urbain va ventiler les populations selon un critère financier et va se traduire par l'émergence de quartiers spécifiquement ouvriers, comme dans la ceinture parisienne et de quartiers aisés. 

L'activité industrielle, vecteur de pollution et de nuisances, va se déplacer vers la banlieue, laissant au centre des villes les activités de commerce et financière participant à la tertiarisation des centres-villes. 

 


e°) Vers la ville lumière.

 

L'afflux de population  vers les villes va obliger à une modification de l'espace urbain. Privilégiant les flux par rapport aux structures, voulant irriguer la ville par des grandes voies de communication, le Baron Haussmann va, sous le 2nd Empire, transformer Paris, en perçant des boulevards, ponctués par de vastes places, dont celle de l'Etoile. Mais à ce fonctionnalisme communicatif, va se conjuguer une approche esthétique non négligeable. A l'harmonisation des styles architecturaux, ce constructeur de Baron va parsemer la capitale d'ouvrages monumentaux comme l'Opéra Garnier et de nombreuses églises qui vont embellir la ville, faisant de l'espace urbain un musée à ciel ouvert. Il faut dire que l'idée de patrimoine faisait son chemin sous l'action de Viollet Le duc, qui restaurera les édifices médiévaux, comme Notre-Dame-de-Paris. Le renouveau religieux aura aussi ses représentants, à Montmartre, avec le Sacré-Coeur,

 

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à Lyon, avec Notre Dame de Fourvières ou encore à Marseille, avec la Basilique Notre-Dame-de-la-Garde, future bonne-mère, protectrice des marseillais.

 


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La Tour Eiffel, érigée en 1889, sera le point ultime de cette évolution vers la ville-musée et la verticalité, honorant le progrès exposé à l'Exposition universelle.

 

La ville se transforme aussi sous l'action de nouvelles infrastructures, comme les gares (la gare de Lyon), ou des salles de spectacle, comme l'Olympia, à Paris, en 1893 ou l'Alcazar à Marseille, sans compter  la création de nouveaux magasins comme  Le Bon Marché, "cathédrale de commerce pour un peuple de clients"comme l'écrira Emile Zola dans "Au bonheur des Dames", symbole de cette société de consommation en train de naître. 

Des espaces verts font aussi leur apparition, avec la constitution des grands parcs, comme le Bois de Boulogne à Paris (1852), Central Park à New-Tork (1857), qui répondent aux besoins de verdure des habitants.

L'éclairage public au gaz puis à l'électricité fait son apparition, en 1878 à Paris, faisant passer, littéralement, les villes de l'ombre à la lumière !

 

Conclusion:

 

Apparues en même temps que l'agriculture, en -3000 avant Jésus-Christ, elles furent intimement liées à l'activité économique  et au pouvoir politique, dès son origine. Chez les grecs et les romains, les termes "polis" et "civitas" étaient géographiques mais aussi politiques, puisque ils confondaient cité et citoyenneté. L'espace urbain sera donc le lieu privilégié de l'activité politique et sera le creuset du capitalisme naissant, à la fin du Moyen-Age, vecteur d'un décollage économique qui fera la suprématie de l'Occident. Au 19eme siècle, la croissance urbaine possible, grâce au progrès technique, va faire sortir la ville de son corset médiéval et va créer de nouvelles entités urbaines, les banlieues, modifiant les manières de vivre des citadins. Si la cité sera de nouveau, le lieu privilégié des arts et du progrès, avec ses Expositions Universelles et ses nouvelles verticalités, la ville nouvelle, de plus en plus dilatée, sera aussi l'espace de nouvelles ségrégations sociales, qui annonceront des lendemains qui déchantent.

 

Un QUIZZ sur la ville.

 

Par Tietie007 - Publié dans : CULTURE GENERALE - Communauté : Passion Histoire
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Dimanche 23 septembre 2012 7 23 /09 /Sep /2012 07:53

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La nation peut se caractériser par des éléments objectifs, comme un territoire, un langage, une ethnie, une religion ou un Etat communs, mais ne peut se réduire à ces seuls éléments. Il existe des nations plurilingues, comme la Suisse, d'autres où cohabitent plusieurs religions, comme les USA ou l'Egypte et enfin certaines qui sont partagées en plusieurs Etats, comme la nation kurde, à cheval entre la Syrie, l'Irak et la Turquie. La nation est donc plutôt un sentiment diffus d'appartenir à une même communauté, une construction idéologique plus qu'un fait tangible.

La Nation est une construction assez récente, qui date de la Révolution Française, mais au 19eme et dans la première moitié du 20eme siècle, elle structura fortement le champ politique mondial, jusqu'à la fin de la seconde guerre mondiale, conflit planétaire qui déligitima la Nation et les nationalismes, porteurs de guerre. Après guerre, on assista à l'émergence de toute une série d'organisations supra-nationales au niveau politique, comme l'ONU ou l'Union Européenne, économique, comme l'OMC ou le FMI et militaire, comme l'OTAN, qui brouilla le concept de nation. Depuis le début du 21eme siècle, la crise économique mondiale, le rejet, par référendum, du Traité Constitutionnel Européen (TCE), en 2005, les nations et les nationalismes font leur retour sur la scène publique. Les partis politiques nationalistes ont le vent en poupe, comme le Front National en France et les tentations protectionnistes réapparaissent, même dans des mouvements très éloignés d'un repli national, comme l'ont illustré les propos du socialiste Arnaud Montebourg, sur la nécessité de protéger les industries nationales.

Nous allons donc narrer l'émergence du concept de nation dans le temps, puis, nous pencher sur les dérives nationalistes des Etats-Nations, enfin, dans un contexte économique et politique difficile, nous évoquerons la pertinence d'un retour à la Nation pour résoudre les crises actuelles.

 

I. Des royaumes aux nations.

 

 

Nos ancêtres les Gaulois, phrase qui faisait des tribus gauloises nos aïeux,

 

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était une construction idéologique de la IIIeme République pour affermir le sentiment national qui se déployait dans des grandes figures comme Vercingétorix. Or, la Gaule n'était pas un espace politique uni, mais un territoire divisé entre plusieurs tribus gauloises qui se faisaient régulièrement la guerre. Seule la Rome antique, après les victoires de César, fit de l'hexagone un territoire relativement unifié et lui donna une langue, le français, issu du latin et du grec. La civilisation française tient donc certainement plus de la romanité que de la gauloiserie !

Chez les mérovingiens puis les carolingiens, qui voulurent restaurer l'Empire défunt, la notion de territoire n'était même pas sacrée, puisque les 3 petits-fils de Charlemagne, Charles le Chauve, Lothaire et Louis le Germanique se partagèrent l'empire carolingien au Traité de Verdun, en 843.


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Le vaste Empire franc tomba donc en quenouille, et il fallut bien des siècles pour que capétiens, valoisiens, bourbons, et le napoléonien 2nd Empire (rattachement de Nice et de la Savoie à la France, en 1860) façonnent ce que nous appelons l'hexagone. 

Le sentiment national, jusqu'à la Révolution français fut donc en gestation. Georges Duby, dans sa Bataille de Bouvines (1214), opposant le roi Philippe Auguste au Saint-Empire Romain Germanique, évoque une bataille qui structurera l'antagonisme franco-allemand, la guerre de cent ans, entre valois et anglais, elle, exacerbera l'opposition franco-anglaise et donnera aux français une héroïne, Jeanne d'Arc, qui symbolisera la résistance de la France à l'envahisseur. Or, la guerre de cent ans fut aussi une guerre civile, opposant Armagnacs et Bourguignons, et était plus une querelle dynastique qu'un conflit national.

C'est François 1er qui en 1539, avec l'ordonnance de Villers-Cotterêts, imposera l'usage du français dans les administrations, dans un territoire dominé par les langues veraculaires (=patois).

Mais c'est avec la Révolution Française, à partir de 1789, que la Nation est portée aux nues. L'article 3 de la déclaration des Droits de l'homme et du Citoyen consacre la Nation (=peuple français) comme principe de toute souveraineté, remplaçant le droit divin des monarques et l'instrument du pouvoir populaire se nommera l'Assemblée Nationale.

 

II.La Nation, une construction idéologique ?

 

a°) La Nation, au coeur de la révolution française.

La France révolutionnaire, gouvernée au nom de la nation va s'opposer à l'Europe monarchique, qui tire son pouvoir non du peuple, mais du principe dynastique, avec une légitimité de "droit divin". C'est au cri de "Vive la nation !" que les armées révolutionnaires vont battre les austro-prussiens, à Valmy, en 1792, début d'une geste guerrière qui se terminera en 1815 et qui aura bouleversé le continent européen. Car ce nationalisme que les armées napoléoniennes exporteront, sur tout le continent, va se retourner contre la France impériale, avec cette défaite de Napoléon à Leipzig, en 1813, lors de la Bataille des Nations, appelation révélatrice d'un profond changement. Le nationalisme innoculé à l'Europe par la France va donc se retourner contre cette dernière, ouvrant un siècle qui sera marqué par les mouvements nationaux.

 

b°) Les deux conceptions de la Nation, Fichte contre Renan.

2 conceptions de la Nation vont émerger dans ce 19eme siècle :

- la conception allemande, théorisée par Fichte, en réaction à l'impérialisme (=domination) napoléonien.

 

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Séduit un temps par les idées républicaines, le philosophe allemand après la désastreuse défaite prussienne à Iéna, en 1806, contre les armées napoléoniennes, va redécouvrir, par opposition aux occupants français, les vertus de la germanité. Dans son Discours à la nation allemande (1807), Fichte définit la nation par des éléments dits "objectifs" comme l'histoire, la langue, la culture. Il sera le père des mouvements pangermanistes qui culmineront, dans sa forme extrême, dans le nazisme.

- à la conception allemande s'appose la définition française, finalisée par Ernest Renan, en 1882, dans un discours à la Sorbonne, intitulé "Qu'est ce qu'une nation", et qui clame qu'une nation est avant tout une adhésion à un projet. Pour Fichte, on naît allemand, pour Renan, on devient français. La conception allemande, essentialiste et fermée, était grosse de dérive "raciste", alors que la nation à la mode française, était une réalité ouverte, puisque n'importe qui pouvait devenir français à condition qu'il adhère au projet républicain.

On retrouvera ces deux notions de la nation dans l'acquisition de la nationalité d'un pays. En Allemagne, le droit du sang, donne la nationalité à un individu né de deux parents allemands, alors qu'en France, le droit du sol, fait acquérir la nationalité française à toute personne née sur le territoire français.

 

c°) Le 19eme ou le Printemps des Peuples et des Nations.

 

Le 19eme siècle verra l'apparition de nouveaux Etats, qui rassembleront des peuples appartenant à une même nation. Le Printemps des Peuples, en 1848, caractérisait une agitation nationaliste dans l'Europe entière. Dans la péninsule italienne, qui est morcelée en plusieurs royaumes, Giuseppe Mazzini, à la tête de Jeune Italie, veut rassembler les italiens dans un même état.

 

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Si en 1848, l'unité italienne ne se fait pas, ça ne sera que partie remise, puisqu'en 1861, le royaume d'Italie sera proclamé. L'empire fédéral allemand, lui, sera crée en 1871, après la victoire de la Prusse sur les armées de Napoléon III.

 

d°) L'Etat-Nation et ses dérives.

 

Les Etats européens vont exalter leur "génie national", par le biais de l'école et de l'armée. L'institution scolaire exalta alors l'histoire nationale, au travers des personnages ayant marqué la geste du pays, comme Vercingétorix, Jeanne d'Arc ou Napoléon,  avec l'ouvrage, très patriotique,  Le tour de France par deux enfants. L'enseignement de l'histoire et de la géographie devint un vrai enjeu politique, pour magnifier les origines du pays et faire apparaître la France comme une grande nation civilisatrice, qui apportait ses lumières aux pays colonisés.

L'usage de la langue française devient obligatoire et les patois sont interdits. Les jeunes français sont éduqués pour être de bons soldats, puisque le gouvernement voudrait bien retrouver, un jour, l'Alsace-Lorraine, annexée par l'empire allemand, en 1871.

En Europe, l'Autriche-Hongrie est minée par des tensions nationales. Et c'est l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand, héritier du trône autrichien, à Sarajevo, par un jeune nationaliste bosniaque, Gravilo Princip, cet été 1914, qui mettra le feu au poudre en provoquant la Première Guerre Mondiale, conséquence des dynamiques nationalistes. Même les socialistes européens, qui dénigraient la nation au profit de l'internationalisme prolétarien, au cri de "Prolétaires de tous les pays, unissez-vous", vont se rallier à la guerre, point d'orgue des nationalismes exacerbés et responsable d'un carnage sans précédent.

 

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Loin d'éloigner les délires nationalistes, la fin de la première guerre mondiale, consacrant, avec le président Wilson, le principe des nationalités et du droit des peuples à l'autodétermination, et l'inique (=injuste) Traité de Versailles, vont relancer les dynamiques nationales.

 

Comme l'avait prévu l'historien français Jacques Bainville, les alliés avaient gagné la guerre mais vont perdre la paix. La désignation de l'Allemagne comme seule responsable du conflit mondial, l'amputation d'une partie de son territoire à l'est et à l'ouest, avec le retour de l'Alsace-Lorraine à la France et la création de la Pologne, sur des terres jadis allemandes, et les énormes réparations financières réclamées par la France à sa rivale, vont relancer la dynamique nationaliste teutonne, sous une forme radicale, avec l'arrivée des nazis et de leur théorie raciste au pouvoir, en Allemagne, en 1933. Hitler, produit de la crise de 1929 et du Traité de Versailles, portera la logique nationale allemande, imaginée par Fichte, jusqu'à l'exclusion des non-allemands de la communauté raciale.

 

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L'aryen sûr de lui et dominateur se posera comme un maître absolu face aux peuples juif et slave, entraînant le monde dans un tourbillon de violence presque sans fin aboutissant au génocide des juifs. Nous pouvons voir Auschwitz comme la finalité radicale de la conception fichtéenne de la nation, qui caractérise l'allemand par son sang, et qui, par opposition, voit dans l'étranger une menace pour le peuple germain. Hitler aura porté à son incandescence cette notion essentialiste de la nation.

En Asie, le nationalisme japonais s'est aussi déchaîné, notamment contre la Chine, avec le funeste massacre de Nankin, en 1937.

 

III. La fin des nations ?

 

 a°) Les institutions supra-nationales.

 

La carnage des deux conflits mondiaux, dont le nationalisme exacerbé fut une cause principale, va déligitimer l'idée de nation, porteuse, dans sa forme idéologique, de guerre. Dès 1945, l'Organisation des Nations Unies se donne pour mission de gérer les conflits à venir, ci-besoin par la force.

Au niveau économique, le GATT, crée en 1947 (désormais remplacé par l'Organisation Mondiale du Commerce), aura pour objectif de favoriser le commerce mondial et l'échange de marchandises, en luttant contre les protectionnismes économiques, vecteurs de conflit.

La Communauté Economique Européenne voit le jour avec la signature du Traité de Rome, en 1957, créant un espace économique intégré, qui aboutira à l'Union Européenne et à la monnaie unique, au début des années 2000.

Au niveau militaire, l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN), fondée en 1949, sous contrôle américain, se veut une armée internationale, réunissant les pays occidentaux. 

Un projet de Communauté de Défense Européenne, consacrant une armée européenne, concernant les pays de l'Ouest, vit même le jour, en 1952, mais fut rejeté par l'Assemblée Nationale française, sous la pression des communistes et des gaullistes.

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A l'Ouest, en effet, et notamment en France, le RPF gaulliste, défend la Nation française et s'oppose à la supranationalité.

De même, la guerre froide, opposant les USA à l'URSS, va rendre difficile l'efficacité de ces institutions supranationales.

 

b°) La crise des institutions supranationales et le retour des nationalismes ?

 

C'est d'abord l'URSS, la "patrie des travailleurs", état fédéral, qui disparut en 1991 sous le coup des nationalismes russe, ukrainien et biélorusse. Le projet socialiste, internationaliste par essence, se fracassait donc sur les rochers des nationalismes et confirmait la prédiction de De Gaulle: "la Russie boira le communisme comme le buvard boit l'encre !".

Malgré 74 ans de marxisme-léninisme qui oeuvrait pour un internationalisme prolétarien (même si la Russie fut réhabilitée, notamment sous Staline) le fait national russe, ukrainien ou biélorusse ne disparût pas, démontrant la prégnance de celui-ci.

La crise yougoslave, plus grave, prouva encore une fois que le fédéralisme était fragile, sous la pression des forces centrifuges croates, slovènes, bosniaques et kosovares.

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Encore une fois, malgré plus de 50 ans de titisme qui voulait fondre les croates, les serbes, les slovènes, les bosniaques et les albanais dans un même moule socialiste, la fin de l'URSS fut fatale à la fédération Yougoslave, qui se déchira entre ses peuples, aboutissant à une fragmentation de l'espace politique qui donna naissance à plusieurs pays, la Slovénie, la Croatie, la Bosnie et la Serbie, sur une base ethnique. La guerre qui déchira les Balkans fit entre 200 et 300 000 morts, de 1991 à 2001, démontrant, encore une fois, les dérives belliqueuses des nationalismes exacerbés.

En Belgique, les antagonismes entre Flamands et Wallons illustrent bien la difficulté de créer une nation, lorsque la culture et la langue sont différentes.

Aujourd'hui, en Syrie, la guerre civile qui fait rage illustre bien la fragilité des projets des Etats-Nations, puisque le pouvoir syrien n'a pas réussi à rassembler autour d'un projet politique national, les alaouites, les sunnites, les druzes ou les chrétiens.

 

En France aussi, l'état central est remis en cause par les régionalismes corse, basque et breton. Les langues régionales, interdites pendant longtemps, sont revenus à l'honneur et sont enseignées à l'école.

 

Si ce retour des nations est le fruit de la fin de la guerre froide, il n'en reste pas moins qu'avec la crise, la défiance envers les institutions supranationales se fait plus pressante. Malgré l'adoption d'une monnaie unique, l'euro, par une grande partie des membres de l'Union Européenne, cette dernière est en crise depuis le rejet par référendum du Traité Constitutionnel Européen (TCE), par les français, en 2005, illustrant le divorce entre les citoyens et l'Europe.

 

c°) La Nation et le protectionnisme, recours à la crise économique ?

 

Depuis la fin du 20eme siècle, les partis nationalistes, comme le Front National en France, qui fut au second tour de la présidentielle en 2002, le parti Jobbik en Hongrie, la Ligue du Nord  d'Umberto Bossi, en Italie, le British National Party, en Angleterre, l'Aube Dorée en Grèce, ou le parti des Vrais Finlandais, gagnent du terrain et influencent les partis de droite traditionnels. Le thème de l'identité française, râbaché par le gouvernement Fillon, sous la présidence de Nicolas Sarkozy a démontré que les problèmes identitaires, liés à la nationalité, revenaient en force.

Au niveau économique, le libéralisme ambiant, sous l'égide de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC), l'ouverture des frontières aux marchandises, les délocalisations des entreprises européennes vers des pays ayant une main d'oeuvre bon marché, ont relancé les idées de protectionnisme économique. En France, le démographe Emmanuel Todd, un homme de gauche, défend l'idée d'un protectionnisme européen, reprise par Jean-Luc Mélenchon et le socialiste Arnaud Montebourg s'y est dernièrement mis en utilisant l'expression "démondialisation".

Les partis nationalistes, eux, sont plus radicaux,  et le Front National, veut fermer les frontières et sortir de la monnaie unique pour revenir au franc.

 

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Ces solutions protectionnistes, si elles apparaissent attirantes, peuvent être dangereuses, puisque ce que nous pourrions gagner, en produisant en France, pourrait être un jeu à somme nulle, puisque nous perdrions, mécaniquement, des marchés à l'export. En effet, fermer son marché intérieur aux produits étrangers en réintroduisant des taxes aux frontières françaises générerait, automatiquement, des rétorsions économiques de la part des pays étrangers, pénalisant les produits français à l'export.

 

Conclusion:

Dans son acception (=définition) française, la nation, ouverte à tous, relevant de l'adhésion à un projet, reste une construction politique qui peut s'avérer pertinente, puisque les grandes organisations supranationales, éloignées des citoyens, se transforment souvent en lointaines technocraties. Il n'en reste pas moins que si la nation peut avoir sa place dans le monde d'aujourd'hui, sa version idéologique, le "nationalisme", par sa dimension exclusive, qui privilégie un repli sur soi et une méfiance envers les étrangers, est porteur des germes de la guerre, comme l'ont illustré  les deux guerres mondiales, fruits des antagonismes entre nations.  La crise a renforcé l'euroscepticisme alors que les défis de l'avenir devraient plutôt renforcer la coopération et l'intégration européenne. Mais faut-il que le projet européen soit lisible par tous les citoyens.

 

Un petit QUIZZ pour vérifier vos connaissances.

Par Tietie007 - Publié dans : HISTOIRE DES IDEES - Communauté : Passion Histoire
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Jeudi 28 juin 2012 4 28 /06 /Juin /2012 13:26

Bibliographie

 

La révolution russe, la tragédie d'un peuple d'Orlando Figes, Folio Histoire, 2009.

 

 

 

 

 

 

 

I. Le soviet accepte un gouvernement bourgeois.

 


Alors que la révolution était partie du peuple, ce sont les élites russes qui vont gouverner le pays, jusqu'en octobre 1917.

 

1°) Février 1917, une révolte populaire qui se transforme en révolution.

 

a°) La révolte populaire.

 

Le 23 février 1917, journée internationale de la femme, les femmes de Petrograd, manifestent  sur la perspective Nevski, pour réclamer l'égalité des droits  et montrer leur mécontentement contre la politique de rationnement décrétée par le pouvoir tsariste, qui s'est traduite par la fermeture de certaines boulangeries, qui ne sont plus ravitaillées en farines. L'atmosphère était plutôt bon enfant, et les slogans à caractère politique étaient absents. D'ailleurs, le socialiste Nikolaï Soukhanov ne parlait de désordres et  le bolchevik Chliapnikov, lors d'une réunion du parti, le même jour, déclarera à ses camarades que cette révolte de la faim ne se tranformera pas en révolution, qu'il suffirait que le pouvoir tsariste distribue un poud de farine pour calmer les ardeurs du peuple.

 

b°) La révolution: l'armée rejoint le peuple.


Ce qui va transformer la révolte du pain en révolution politique, c'est le ralliement d'une partie de la garnison de Petrograd aux manifestants, notamment d'une partie du régiment Preobrajenski, sous l'action de Fedor Linde.

 

c°) L'élection du soviet du Petrograd.

 

Le 28 février, 3000 délégués du soviet nouvellement élu, se pressait pour élire leur président, le menchevik Tchkeïdze, flanqué de Kerenski et de Skobelev. Le comité exécutif du soviet, véritable organe de commandement, était alors contrôlé par les mencheviks, majoritaires par rapport aux bolcheviks et aux socialistes-révolutionnaires (SR).

 

2°) La bourgeoisie et les généraux contre le Tsar.

 


a°) La Douma et les militaires lâchent le Tsar.

 

Alors que la révolution populaire grondait à Petrograd, à Pskov, où Nicolas II s'était arrêté, sur le chemin du retour vers sa capitale, le chef d'état-major de l'armée, le général Alexeïev et le chef de la Douma, Milioukov, pressaient le tsar d'abdiquer, ce qu'il fera le 2 mars. Les élites russes venaient d'achever une institution totalement déconsidérée.

 


b°) Le paradoxe de Février.

 


Le soviet et la Douma étaient donc les deux pouvoirs qui restaient, en Russie, l'un incarnant les couches populaires, l'autre, la bourgeoisie. Il aurait été logique que le soviet des ouvriers et des paysans s'empare du pouvoir. Mais les mencheviks et les socialistes-révolutionnaires pensaient que la Russie n'était pas mûre pour une révolution socialiste. Se référant à l'orthodoxie marxiste, une phase de transition, bourgeoise, permettrait à l'économie de décoller et au peuple de s'éduquer, conditions nécessaires à l'entrée dans l'ère du socialisme, prodrome du communisme. De plus, le soviet craignait que l'anarchie s'installe et qu'une contre-révolution militaire se fasse jour. Pour toutes ces raisons, le soviet demanda aux bourgeois de la Douma, de former un gouvernement. La révolution était partie d'en-bas, du peuple, mais c'est la bourgeoisie qui raflait la mise, puisque le chef du 1er gouvernement provisoire serait un Prince,  ce que Trotski appela le "paradoxe de février".


3°) Le gouvernement provisoire et le soviet, deux légitimités antagoniques.

 

a°) Le gouvernement: du Prince Lvov .

 

Le 2 mars, le KD Pavel Milioukov, qui incarnait les intérêts de la bourgeoisie, 

 

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(Source:wikipedia)

 

forma un nouveau gouvernement, présidé par le Prince Lvov,


 

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(source:wikipedia)

 

un homme pragmatique, peu porté sur les idéologies et respecté par tous. Les 12 ministres, étaient tous issus de l'ancienne Douma. Milioukov présidait aux affaires étrangères et l'ambitieux Kerensky, vice-président du soviet et menchevik (socialiste réformiste), à la Justice.


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(source:wikipedia)

 

Ce gouvernement comptait continuer la guerre contre les puissances centrales (ce qui était antinomique avec l'Ordre n°1) et libéraliser la société et l'économie russe, notamment commencer une réforme agraire, pour accélérer le développement de la Russie.

 

b°) L'épée de Damoclès du Soviet.

 

Si le soviet avait accepté un gouvernement bourgeois, il avait obligé ce dernier a accepté 8 points, consacrant toute une série de liberté, qui fera dire à Lénine que le gouvernement Lvov était devenu "le pays plus libre du monde".

 


c°) L'ordre n°1, ferment de décomposition de l'armée.

 

Dans la foulée de la révolution de février, début mars, le soviet de Petrograd avait édité l'Ordre n°1, qui posait que dans chaque compagnie, un comité de soldats, n'obéissant qu'au soviet, ferait pendant à l'autorité des officiers. Ce Prikaz allait miner les fondements de l'armée russe, qui allait se déliter sous la pression de soldats qui ne voulaient plus se battre et se traduire par une situation de quasi-anarchie qui allait amener les bolcheviks au pouvoir.

 

II.Un gouvernement provisoire sans pouvoir.

 

1°) La balkanisation de la Russie.

 

a°) Une administration qui s'effondre.

 

La révolution de février avait sapé l'autorité de l'administration tsariste, qui se délitait, laissant une grande partie de l'immense territoire glisser vers l'anarchie. Si la dualité soviet/gouvernement est une des constantes du régime issu de la révolution de février, la fragmentation politique de l'espace politique russe en est une autre.

L'immense empire se se balkanise, morcellé en des milliers de pouvoirs locaux, qui n'obéissent plus au centre. 

Les partis au pouvoir vont louvoyer pour imposer une loi électorale renvoyant aux calendes grecques une Constituante censée apporter une nouvelle légitimité au futur gouvernement et désespérant les russes de bonne volonté.

 

b°) L'anarchie paysanne.

 

La révolution de février va ouvrir la voie à un partage des terres par les paysans russes. Hobereaux, propriétaires terriens, vont subir les assauts des moujiks, ivres de vengeance après des centaines d'années d'humiliation. Ce "partage noir" va être piloté par la communauté villageoise ou mir et va s'accélérer après la nomination,en mai, du socialiste-révolutionaire, Viktor Tchernov, au Ministère de l'Agriculture.


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(Source: wikipedia)

 

Le Prince Lvov assista impuissant, à cette anarchie paysanne, la légitimant comme la "revanche des serfs" contre des hobereaux qui avaient traités les moujiks comme des "chiens". De toute façon avec la désintégration de l'administration russe, le gouvernement provisoire n'avait aucun levier pour éviter ce cycle de violence paysanne.

Les comités temporaires mis en place le 20 mars, par le gouvernement, et censés faire respecter la loi, se transformèrent rapidement en organes révolutionnaires, justifiant la confiscation des terres des hobereaux.

La première assemblée paysanne panrusse, qui se réunit au mois de mai, justifia cette politique d'expropriation qu'un gouvernement spectateur regardait sans pouvoir agir.


c°) Les gardes rouges.

 

De nombreux révolutionnaires de février, surtout des ouvriers, n'avaient pas rendu les armes et étaient organisés en brigade responsables devant le soviet. Lorsque le gouvernement créa sa propre milice pour faire régner l'ordre, ces "gardes rouges" ne furent pas désarmés, puisqu'ils étaient l'expression de la dualité du pouvoir en Russie, entre gouvernement légal et soviet.

En juillet 1917, la garde rouge de Petrograd comprenait 20 000 ouvriers en armes.


d°) La question nationale.


La révolution de février avait relancé les mouvements des nationalités soumis à l'impérialisme grand-russe. Le Parti Constitutionnel-Démocrate (KD) était partisan de garder intact l'empire russe et de ne pas céder aux pressions des forces nationalistes. Les mencheviks et les socialistes-révolutionnaires se rallièrent aux vues du gouvernement libéral. Deux régions de l'empire connaissaient des mouvements nationaux puissants, la Finlande et l'Ukraine. La Rada ukrainienne, lassée des atermoiments du gouvernement central, déclara, le 10 juin 1917, la liberté de l'Ukraine. Le 2 juillet, une délégation russe menée par Kerensky trouva un compromis avec les ukrainiens. L'Ukraine était dotée d'une large autonomie et la Rada était reconnue. Le parti Kadet, ulcéré, quitta alors le gouvernement, isolant un peu plus celui-ci.

 

2°) Une guerre impopulaire, une armée qui se délite.

 

a°) Les buts de guerre: gouvernement contre soviet.

 

Alors que le pays était au bord du gouffre, le gouvernement provisoire, fidèle aux alliés franco-anglais, continua la guerre dans un contexte désastreux, ce qui contribua à son impopularité croissante. 

La bourgeoisie libérale, les Kadets et les consitutionnalistes, suivant la politique impériale grand-russe, voulait continuer la guerre pour avoir le bénéfice des concessions faites par les alliés, lors de traités secrets signés en 1916, qui promettaient à la Russie un accès au détroit turc et le contrôle de Constantinople, vieille lune de la stratégie russe.

Par contre, le soviet de Petrograd, le 17 mars, lança un "Appel aux peuples du monde entier", où il déclarait renoncer aux buts de guerre russe, et appelait les peuples des pays belligérants à manifester pour la paix. Milioukov, alors ministre des affaires étrangères, fit mine de se rallier aux positions pacifistes du soviet, tout en certifiant aux puissances alliées que la Russie continuerait la guerre, double jeu qui rendit le kadet impopulaire auprès des ouvriers et des soldats.


b°) La décomposition de l'armée.


L'ordre n°1, créant des comités de soldats dans les compagnies, avait miné l'autorité et la discipline militaire. Lorsque Broussilov fut nommé en mai, chef d'état-major de l'armée, il s'aperçut que outre la fuite de centaines d'officiers devant des soldats remettant en cause leur autorité, des centaines de milliers d'hommes avaient déserté, un million, de mars à octobre.

Beaucoup de soldats ralliaient les bolcheviks, même sans rien connaître au léninisme, car ces derniers étaient les seuls à demander une paix immédiate.


 

III.D'avril à octobre 1917, la montée en puissance des bolcheviks.

 

1°) Le retour de Lénine.

 

a°) Les thèses d'Avril.

 

Relativement absent des journées de février, dominées par les mencheviks et les socialistes-révolutionnaires, les bolcheviks allaient exploiter l'impopularité croissante du gouvernement provisoire, surtout à partir de la prise de pouvoir d'Alexandre Kerensky, le 5 mai.

Vladimir Ilitch Oulianov dit Lénine, le chef du parti bolchevik, 


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(Source:wikipedia)

 

absent des événément de Février, car en exil en Suisse, arriva à Petrograd le 3 avril 1917. Cela faisait 17 ans que Lénine n'avait plus mis les pieds en Russie.

Le lendeman, au palais de Tauride, où siégeait le soviet, il stupéfia l'assemblée par son programme politique. Au lieu d'accepter une étape bourgeoise, Lénine exigeait une seconde révolution pour donner le pouvoir aux ouvriers et aux paysans, allant à l'encontre des idées des sociaux-démocrates mencheviks et SR. Tsereteli, président du soviet, accusa alors l'orateur d'oublier Marx (qui prônait une étape bourgeoise) au profit de Bakounine (militant anarchiste qui prônait l'abolition de l'Etat).

Le 7 avril, Vladimir Illitch, dans un article dans la Pravda, précises ses thèses d'Avril en demandant :

- une paix immédiate.

- tout le pouvoir au soviet.

- supression de la police et de l'armée.

- confiscation des terres des propriétaires terriens par les paysans, par le biais des soviets locaux.

- fusion de toutes les banques contrôlées par le soviet.

 

Lénine, par ses thèses anarchistantes, peu en phase avec sa théorie qui mettait le parti au centre de la révolution, essayait d'exploiter le désir de paix des soldats et le besoin de terre des paysans, pour rallier un maximum d'entre eux à la cause bolchevique.


b°) Les grèves d'avril.

 


Le 20 avril, des milliers de soldats et d'ouvriers manifestent dans les rues de Petrograd, réclamant la fin du gouvernement bougeoise et le transfert du pouvoir au soviet, suivant la ligne léniniste. Le lendemain, des combats eurent lieu entre les manifestants et des partisans de la guerre.

Irakli Tsereteli, menchevik et président du soviet, effrayé par la violence de la rue, notamment celle des bolcheviks et des anarchistes, se rallia aux vues du gouvernement et entra dans le nouveau gouvernement du Prince Lvov, le 5 mai 1917, comme ministre des Postes et des Télégraphes alors que Kerensky prenait le ministère de la guerre. Le Prince, en s'appuyant sur le soviet, essayait de donner une nouvelle légitimité populaire à son gouvernement.


2°) L'échec du gouvernement et la bolchevisation des masses.

 


Lénine, malgré son discours radical, craignait qu'une révolution prématurée soit tuée dans l'oeuf, et fasse le lit d'une contre-révolution militaire. Aussi, se méfiait-il du "spontanéisme" des masses bolchevisées ou anarchistes, qui, en précipitant la révolution, pourrait l'enterrer.

 

a°) Cronstadt et Vyborg, avant-garde de la révolution bolchevique.

 

Début mai, les bolcheviks étaient majoritaires chez les soldats de Kronstadt, base navale sur la baltique.

Or, le 16 mai, le soviet de Kronstadt se déclara souverain, rejetant l'autorité du gouvernement, proclamant la République soviétique de Kronstadt. Lénine pesta contre ce manque de discipline du parti, et le président du soviet de Petrograd, Tsereteli, obtint par la négociation la fin de la rebellion kronstadtienne, le 24 mai. Il n'en restait pas moins que la base navale était une épée de Damoclès pointée sur la capitale russe.

D'ailleurs, début juin, les marins de Kronstadt planifièrent un coup d'état, ce qui divisa les hautes instances du parti, entre une ligne Lénine/Staline, favorable à l'action, et une ligne Zinoviev/Kamenev, attentiste. Au dernier moment, le soviet recula et les manifestations furent reportées.

L'autre bastion du militantisme révolutionnaire, était le quartier ouvrier de Vyborg, dans les faubourgs de Petrograd, où était la garnison des 10 000 soldats du 1er régiment des mitrailleurs, largement acquis aux bolcheviks.

 

b°) La fuite en avant militaire, prolégomène à la bolchevisation des masses.

 

Alors que la Russie était exsangue, le ministre de la Guerre, le menchevik Alexandre Kerensky, demanda à son nouveau chef de l'armée, Broussilov, de lancer une offensive à l'Ouest. Son idée, était de finir la guerre rapidement. Mais ce fut une dramatique erreur d'appréciation, qui rallia de plus en plus de soldats aux bolcheviks et précipitera la chute du gouvernement provisoire.

Même Broussilov s'aperçut, au cours d'une tournée sur le front, que les troupes étaient totalement démoralisées, et que le slogan bolchevik de la paix immédiate, ralliait de plus en plus de soldats aux thèses de Lénine, sans d'ailleurs les connaître précisément. L'historien Allan Wildman nommera ce phénomène le "bolchevisme de tranchée".

Le ministre de la guerre ne voulut rien savoir et l'offensive début le 16 juin. Après une avance initiale, la contre-offensive allemande pulvérisa l'armée russe, qui se débandait devant l'ennemi, les soldats désertant en masse ! Cette ultime offensive précipita la césure entre les soldats et leur gouvernement.

 

c°) La journée du 4 juillet, un octobre manqué.

 

Affaibli par le départ des ministres Kadets, après la reconnaissance de l'autonomie de l'Ukraine, miné par le désastre militaire de l'offensive Broussilov, le gouvernement du Prince Lvov devenait fantôme, à la merci d'un coup d'état perpétré par une garnison de Petrograd, largement bolchevisée.

Le 4 juillet, des milliers d'ouvriers et de soldats envahirent la perspective Nevski, décidée à renverser le gouvernement. Curieusement, le parti bolchevik n'avait pas donné de consignes précises, laissant la manifestation à sa dynamique confuse. La pusillanimité de Lénine était due à la crainte que la situation révolutionnaire ne soit pas tout à fait mûre, pour défier le pouvoir central, une action précipitée pouvant entraîner une répression brutale, tuant dans l'oeuf les velléités révolutionnaires.

Mais ce jour-là, le palais de Tauride, où siégeait le gouvernement et le soviet, était offert aux manifestants, sans troupes pour le protéger, mais la foule, sans directives précises, se consumma dans une vaine rage, hésitante et finalement dispersée par la colère des cieux, un gigantesque orage qui couvrit Petrograd de ses eaux.

La journée du 4 juillet fut un Octobre manqué, mais ce n'était que partie remise.

 

d°) La mise au ban des bolcheviks.

 

Très rapidement, le gouvernement désigna les bolcheviks comme les instigateurs de la tentative de coup d'état du 4 juillet. C'était en partie vrai, même si un Trotski,

 

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sauva le menchevik Tsereteli, venu parlementer avec les manifestants, d'un lynchage assuré.

Le 6 juillet, les troupes loyalistes encerclèrent le QG bolchevik, l'hôtel Ksechinskaïa et arrêtèrent 500 militants et un mandat d'arrêt fut lancé contre 11 dirigeants bolcheviks, qui obligea Lénine à fuir en Finlande, avec Zinoviev. Près de 800 bolcheviks furent arrêtés, dont Trotski et Kamenev. Mais le gouvernement retint le glaive qui devait couper la tête du parti bolchevik, à la grande surprise d'un Illitch, qui s'attendait à une répression sanglante contre son parti. Les mencheviks, peut-être encore trop liés aux bolcheviks, par leur histoire commune, n'eurent pas la force d'éradiquer les partisans de Lénine. Cette faiblesse va leur coûter très cher, puisque ce dernier n'aura pas les mêmes prévenances envers ses collègues d'antan, et tranchera dans le vif, après Octobre.

 

e°) Le gouvernement Kerensky ou le chant du cygne des mencheviks.

 

Le 6 juillet, le Prince Lvov, épuisé de danser sur le volcan, démissionna, soulagé de passer le témoin à Alexandre Kerensky. Ce dernier, ambitieux, pensait que son énergie et son "génie" politique allaient suffir à contrôler la situation, mais sa vanité allait rapidement se transfomer en cécité.

Le nouveau premier ministre déplaçait le coeur du pouvoir du Palais de Tauride à Palais d'Hiver, où il prit ses aises dans les appartements du tsar Alexandre III. Il chassa le soviet vers l'Institut Smolny, comme pour prouver sa toute puissance. Ce changement de géographie du pouvoir n'allait pas modifier la problématique du gouvernement, toujours coincé entre sa posture belliciste et l'anarchie militaire.

Kerensky essaya de rétablir la discipline dans l'armée, en rétablissant la peine de mort, en réduisant le rôle des comités de soldats et en nommant le général Kornilov, connu pour sa forte personnalité, à la tête de l'armée.

f°) Le coup de état de Kornilov, mythe ou réalité ?

 

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(Source:wikipedia)


Le nouveau chef de l'armée russe, Lavr Kornilov, général respecté, officier charismatique, ne pouvait faire que de l'ombre au vaniteux Kerensky, qui se sentit très vite menacé par ce militaire bourru. En prise avec le soviet qui se bolchevisait, le chef du gouvernement s'inquiéta rapidement de l'influence grandissante de son chef d'état-major. Le 10 août, le général s'invita au Palais d'Hiver avec ses gardes du corps pour forcer la main de Kerensky à rétablir la loi martiale, à l'arrière du front et à mettre hors-la-loi les bolcheviks. Ce dernier refusa et une dispute éclata entre les deux hommes. Dans cette situation tendue, le ministre de la Guerre, Boris Savinkov


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(Source: wikipedia)

 


visita Kornilov le 22 août, et le rassura sur les intentions du gouvernement. Il lui demanda d'envoyer à Petrograd le 3e corps de cavalerie pour parer à une insurrection bolchevique. Le 25 août, le généralissime ordonna à la cavalerie de Krymov de se diriger vers la capitale, comme lui avait demandé le gouvernement. C'est alors que Kerensky cria à la tentative de coup d'état, et licencia, le 27 août, le chef de l'armée. Ce dernier, croyant que le chef du gouvernement était à la merci des bolcheviks ordonna à sa cavalerie d'entrer à Petrograd, de dissoudre le soviet et d'encercler la garnison.

Le 29 août, Kerensky se nomma lui-même commandant en chef de l'armée, conseillé par un nouveau chef d'état-major, le général Alexeïev. Pour combattre le soi-disant coup d'état, il remit en jeu les bolcheviks, qui étaient en disgrâce, depuis la journée du 4 juillet.

Le chef du gouvernement, pour éliminer un rival potentiel, s'était aliéné les forces de droite et en s'appuyant sur les bolcheviks, il avait fait entrer le loup dans la bergerie.


3°) Octobre 1917.

 

a°) Le retour en force des bolcheviks.

 

L'été 1917 avait vu un processus de radicalisation des masses se mettre en oeuvre. Avec l'impuissance du gouvernement à mettre fin à la guerre, et la perspective d'une contre-révolution, plus fantasmée que réelle, les ouvriers et les paysans se rallièrent, de plus en plus, aux thèses léninistes, qui prônaient une paix immédiate et la terre aux paysans.

Ce succès  se traduisit dans les urnes, puisque le 31 août, le soviet de Petrograd, pour la première fois, eut une majorité bolchevique et d'ailleurs, Trotski en prendra la présidence, le 25 septembre.

De plus, la défense de la révolution lors de le pseudo coup d'état de Kornilov, avait armé près de 40 000 ouvriers, tous acquis aux idées de Lénine, ce qui fera dire à Trotski que ce fut un bon entraînement pour Octobre.

Depuis la révolution, le nombre de militants bolcheviks, selon Jean-Jacques Marie,  était passé de 5 000, en février, à 200 000 en octobre !

Contre cette montée en puissance des partisans de Lénine, Kerensky était impuissant. Malgré ses postures martiales pour haranguer la foule, le chef du gouvernement ne représentait plus que lui-même, dans un gouvernement fantôme, désormais détesté sur sa droite, depuis l'affaire Kornilov et méprisé sur sa gauche, pour son incapacité à obtenir la paix.


b°) Lénine pour un coup d'état.

 

Au sein des instances du parti bolchevik, deux tendances se dégageaient. Celle défendue par Kamenev

 

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(Source: wikipedia)


et Zinoviev, qui pensaient qu'un compromis était nécessaire avec les SR et les Mencheviks de gauche, pour gouverner la nouvelle Russie socialiste. Les deux hommes étaient attachés au légalisme et prônaient la soumission du parti au soviet, garant de la légitimité révolutionnaire.

Celle de Lénine, qui ne voulait faire aucun compromis et pensait que les organes politiques devaient être contrôlés par les seuls bolcheviks. Le "tout le pouvoir aux soviets" des thèses d'Avril, n'était qu'un slogan opportuniste, puisque dans l'oeuvre d'Illitch, c'est le parti et la dictature du prolétariat qui devaient primer sur l'assemblée élue, fut-elle prolétarienne. 

Le 15 septembre, de son exil finlandais, Lénine envoya deux lettres au comité central du parti bolchevik, pour expliquer que ce dernier, sans attendre l'élection de la Constituante, devait prendre le pouvoir. Devant l'attentisme des dirigeants bolcheviks, plutôt ralliés à l'idée d'un gouvernement socialiste avec les SR et les mencheviks de gauche, Illitch se mit à traiter ses collègues de "misérables traîtres à la cause prolétarienne", demandant une insurrection immédiate !

c°) Insurrection armée contre légalisme révolutionnaire.

 


Les partisans d'un compromis avec les autres mouvements socialistes voulaient attendre le congrès panrusse des soviets qui devait avoir lieu le 25 octobre. Or, le soviet étant à majorité bolchevique, la prise de pouvoir des partisans de Lénine était sûre et se ferait en douceur, avec  une légitimité sans faille. C'était l'idée défendue par la majorité des dirigeants bolcheviks, sauf d'Illitch !

Pourquoi ce dernier ne voulait pas attendre le congrès des soviets ? Car il ne voulait pas devoir gouverner avec ses partenaires socialistes du soviet, les SR et les mencheviks, et la perspective d'une guerre civile ne lui faisait pas peur, elle lui semblait même nécessaire pour enclencher tout processus révolutionnaire.

Le 10 octobre, juste revenu de Finlande, Lénine, devant le Comité Central mettra tout son poids pour l'insurrection immédiate et emportera la décision, grâce à son charisme. Le coup de force d'Octobre fut donc bien imposé par le leader bolchevik contre la majorité de son parti.

La tendance Kamenev n'en resta pas là, puisque le 18 octobre, dans le journal de Gorki, Novaïa Jizn, le bolchevik exposa, dans un article, la nécessité de passer par le soviet pour prendre le pouvoir, évitant la guerre civile. Lénine, de rage, traîta l'auteur de la missive de "traître" !

 

d°) Le 25 octobre 1917, la prise du pouvoir par les bolcheviks.


 

Kerensky, dont la cécité n'avait d'égale que sa vanité, sentait venir cette insurrection, il la désirait, même, persuadé qu'il pourrait régler, comme après le 4 juillet, leur compte aux bolcheviks. Mais le contexte avait changé, puisqu'en octobre le chef du gouvernement était totalement discrédité, notamment parmi les officiers. Lorsqu'il voulut muter sur le front, la remuante garnison de Petrograd, acquise aux bolcheviks, il précipita sa perte. En effet, la soldatesque, plutôt encline à attendre le congrès des soviets, se rallia alors à la thèse léniniste de l'insurrection immédiate.

Le 23 octobre, la majorité des points stratégiques de Petrograd était contrôlée par les bolcheviks en armes, dont la fameuse Forteresse Pierre et Paul. Le 24, la capitale était aux mains des mutins, sans combat, puisque personne ne voulait défendre ce gouvernement honni. Trotski, lui-même, avoua que seulement 5 % des ouvriers et soldats de la ville participèrent au coup de force et beaucoup de petersourgeois ne s'aperçurent de rien. On est donc très loin de la vision d'Eisenstein, cinéaste officiel du régime soviétique, 10 ans plus tard, dans son film Octobre, qui présente le coup de force comme une révolution mobilisant tout le peuple.

Le 24 au soir, l'assaut fut donné au Palais d'Hiver, que Kerensky avait abandonné, et qui était gardé par 3000 soldats, dont 200 femmes du Bataillon de la mort. Mais la majorité d'entre eux s'était dispersée avant l'assaut, qui fut une formalité.

Devant le coup de force réussi, annoncé par Kamenev, devant le congrès des soviets réuni dans la capitale, les SR et les mencheviks condamnèrent le coup de force bolchevique et quittèrent le congrès, laissant les bolcheviks seuls maîtres du jeu.

 

 


Par Tietie007 - Publié dans : Les révolutions russes - Communauté : Passion Histoire
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Jeudi 21 juin 2012 4 21 /06 /Juin /2012 08:15

Syrie

(source:wikipedia)

A lire, L'Histoire n°375, mai 2012, consacré à la Syrie.

 

I Naissance de l'esprit national.

 

1°) Nahda, la Renaissance.

 

Avec la lente décomposition de l'Empire ottoman face à un Occident triomphant, des hommes politiques et intellectuels arabes vont s'interroger sur la modernisation nécessaire du monde arabe, pour s'arracher de la domination ottomane et redonner au monde musulman sa puissance d'antan.

 

a°) Mehemet Ali, le modernisateur de l'Egypte.

Mehemet Ali

 

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(source:wikipedia)

le fossoyeur des Mamelouks qui avait gouverné l'Egypte durant 600 ans, prit le pouvoir en 1811 et le garda jusqu'à sa mort, en 1849, avec l'appui du sultan ottoman. Père de l'Egypte moderne, il axa sa politique sur la modernisation du pays, en construisant une infrastructure, en ouvrant des écoles, en développant l'imprimerie et en organisant une armée.

En conflit avec le sultan, les armées égyptiennes vont envahir la Palestine et la  Syrie, en 1831, écrasant les ottomans à la bataille de Konya, en 1832. Le salut de Constantinople prit le visage d'une intervention dipomatique franco-anglaise, qui imposa aux deux adversaires, une solution négociée, en 1833. La Palestine et la Syrie furent léguées à l'Egypte.

Mais le sultan reprit le chemin de la guerre, peu après, et il fut défait, une seconde fois par les troupes égyptiennes, en 1839, à Nisibe.

Les puissances occidentales, inquiètes du sort de l'immense Empire ottoman, imposent le Traité de Londres par la force, en 1840, puisque un corps expéditionnaire anglais débarquera en Syrie et investira Beyrouth et Acre, pour faire plier Mehemet. Ce dernier gardera l'Egypte mais perdra la Syrie.

 

b°) Jamal Al-Din, pour un islam éclairé.

 

Jamal al-Din surnommé al-Afghani,

 

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développera une nécessaire réinterprétation du texte coranique par le biais de la modernité (ce qui est totalement opposé au courant salafiste ou islamiste radical). Réformiste, voulant adapter l'islam au monde moderne, il répondra au philosophe français, Ernest Renan, qui au cours d'une conférence à la Sorbonne, avait affirmé que la religion musulmane était contre l'esprit scientifique. Voici la magnifique introduction de la réponse d'Al-Afghani à Renan:

 

 "En songeant toutefois que la religion chrétienne a précédé de plusieurs siècles dans le monde la religion musulmane, je ne peux pas m’empêcher d’espérer que la société mahométane arrivera un jour à briser ses liens et à marcher résolument dans la voie de la civilisation à l’instar de la société occidentale pour laquelle la foi chrétienne, malgré ses rigueurs et son intolérance, n’a point été un obstacle invincible. Non, je ne peux admettre que cette espérance soit enlevée à l’islam. Je plaide ici auprès de M. Renan, non la cause de la religion musulmane, mais celle de plusieurs centaines de millions d’hommes qui seraient ainsi condamnés à vivre dans la barbarie et l’ignorance". 

 

2. Les précurseurs du nationalisme arabe.

 

a°) La Syrie de Butros al-Bustani.


Ce sont des intellectuels, comme Butros al-Bustani,

 

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(source: wikipedia)

 

qui vont valoriser le patrimoine arabe de la région et redécouvrir le terme "Surya", utilisé dans l'Antiquité, qui ferait référence à une patrie syrienne.

Bustani est un fervent défenseur de la patrie syrienne et du nationalisme arabe, qui devrait transcender les appartenances religieuses et promeut l'idée d' un Etat séparé de la religion.

 

b°) Abd al-Rahman al-Kawakibi, pour la connaissance et la démocratie.

 

Né à Alep, dans une famille bourgeoise, le syrien al-Kawakibi stigmatisera l'abolition de la Consititution ottomane par le sultan Abdul-Hamid II, en 1876, consacrant le retour à l'autocratie. Il sera un moment emprisonné par les ottomans et se réfugiera en Egypte, où il continuera à critiquer le sultan.

Dans le sillage d'al-Afghani, al-Kawakibi affirme que c'est par la connaissance et le savoir que les arabes sortiront de l'obscurantisme religieux, alimenté par le pouvoir ottoman.

Dans son livre "Caractéristiques du despotisme", écrit en prison, il se montre le fervent partisan du régime démocratique, de la séparation des pouvoirs, seule manière d'éviter le retour d'un despote, et le respect de toutes les religions.

 

3°) La Première guerre mondiale ou le renouveau arabe.

 

a°) La répression ottomane.

 

Les mouvements nationalistes arabes vont se développer à la fin du 19eme et au début du 20eme, durement réprimés par le pouvoir ottoman. A Beyrouth, en 1915, 23 autonomistes syriens sont exécutés sur ordre du gouverneur ottoman, Djamel Pacha.

 

b°) Le nationalisme arabe instrumentalisé par les anglais.

 

Alors que la première guerre mondiale faisait rage, les anglais, par le biais du général MacMahon, haut-commissaire britannique en Egypte, vont alimenter le nationalisme arabe contre l'Empire Ottoman, allié des allemands et des austro-hongrois.  Ce dernier promet à Hussein, chérif de la Mecque, l'indépendance des arabes si ceux-ci combattent les germano-turcs.

Mais les franco-anglais essaient surtout d'utiliser tous les moyens pour gagner la guerre, en faisant des promesses qu'ils ne tiendront pas. Et la contradiction de la politique anglaise est patente lors de la déclaration de Balfour, dans laquelle le ministre des affaires étrangères britannique, Lord Balfour, se déclare en faveur d'un foyer de peuplement juif en Palestine.

 

c°) Les accords Sykes-Picot ou le partage de l'Empire ottoman.

 

Les accords Sykes-Picot, du nom des deux négociateurs anglais et français, signés en 1916, illustrent la duplicité des anglais par rapport aux arabes. Ils attribuent aux deux puissances les zones d'influence dans le futur empire ottoman démembré, après la victoire.

 

d°) Fayçal et Lawrence d'Arabie ou le rêve de la Grande-Syrie avortée.

 

Avec l'aide du colonel Lawrence, immortalisé dans le beau film de David Lynch, Lawrence d'Arabie,

 

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(Peter O'Toole, dans le rôle de Lawrence d'Arabie, source: wikipedia)

 

Fayçal, le fils d'Hussein, repousse les armées ottomanes et conquiert Damas, en octobre 1918. Il sera proclamé roi de l'Etat indépendant de Syrie, en 1920. Mais les alliés ne l'entendent pas de cette oreille et lors de la conférence de San Remo, en avril 1920, la France recevait un mandat sur la Syrie et l'Angleterre obtenait la Palestine, l'Irak et la Jordanie.

Le 24 juillet 1920, les troupes françaises commandées par le général Gouraud, écrasaient les armées syriennes de Youssef al-Azmeh, à Khan Mayssaloun, mettant fin au rêve d'une Grande Syrie indépendante.

 

II. Du mandat français à l'indépendance.

 

Le mandataire français va diviser pour mieux régner, et s'appuyer sur les minorités pour tuer dans l'oeuf la résurrection de la Grande-Syrie.

1°) Le mandat français (1920-1946).

a°) La création du Grand Liban.

 

Coincé entre la Méditerranée et le mont Liban, cette bande côtière de 250 kilomètres qui se nomme Liban était surtout habité par des chrétiens maronites. Cette Eglise orientale, soumise à Rome, avait accepté les principes du concile de Chalcédoine, en 451 après J.C.

En 1920, la puissance française, soutenant les chrétiens maronites, créent le Liban, qu'elle détache de la Syrie.

 

b°) La fragmentation de l'espace syrien.

 

Le mandataire français va diviser la Syrie en plusieurs autres Etats:

- l'Etat de Damas.

- l'Etat d'Alep.

- l'Etat du djebel druze au sud.

- l'Etat des alaouites, sur la côte.

- l'Etat du Sanjak.

 

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(Source:wikipedia)

 

c°) L'accord Viénot et l'horizon de l'indépendance.

 

L'arrivée au pouvoir du Front Populaire, en 1936, va déboucher sur des négociations entre Paris et les nationalistes syriens qui se traduira par l'accord Viénot, promettant l'indépendance à la Syrie en contrepartie d'avantages politiques et économiques.

 

d°) Le cession d'Alexandrette à la Turquie.

 

En 1939, pour neutraliser la Turquie, dans la future européenne qui s'annonce, les français lèguent le Sandjak d'Alexandrette.

Ce territoire est toujours la cause de tensions entre la Syrie et la Turquie, puisque la première considère que le Sandjak lui a été volé.

 

e°) La guerre franco-française de Syrie.

 

Lors de la seconde guerre mondiale, la Syrie vichyste, sous l'autorité du général Dentz, prend une certaine importance après la révolte de Rachid Ali contre les anglais, en Irak. Les britanniques, avec l'aide des forces gaullistes, vont lancer l'opération Exporter, en juin 1941, pour arracher la Syrie à l'influence vichyste, ce qui sera fait en juillet 1941. Le 14 juillet, vichystes et anglais signent l'armistice de Saint-Jean d'Acre, ce qui met en fureur le général de Gaulle, les français libres n'ayant pas été invités aux négociations. Cet impair britannique sera modifié lors des accords Lyttleton-De Gaulle, 10 jours plus tard.

 

II.La Syrie indépendante.

 

1°) 24 ans d'instabilité.

 

a°) 3 coups d'Etat en 1949 !

 

La Syrie devient indépendante en 1946, avec à sa tête, Shukri al-Kuwatli. Mais la victoire israélienne lors de la première guerre israélo-arabe, en 1948, va être fatale à Kuwatli, renversé par  le colonel Husni al-Zaim, soutenu par le Parti social nationaliste syrien, mouvement à tendance fasciste, partisan d'une Grande-Syrie.

Mais le nouvel homme fort de Damas va trahir le fondateur du PSNS, Antoun Saadé, qui, réfugié dans la capitale syrienne, après un coup d'état avorté au Liban, en 1949, sera livré par Zaim aux libanais, crise de lèse-parti qui sera payé dans le sang, par l'assassinat du même Zaim, la même année, par un membre du PSNS, Sami al-Hinnawi.

Mais un troisième coup d'état va marquer cette année 1949, en décembre, perpétré par Adib Chickackli, qui restera au pouvoir pendant 5 ans.

 

b°) L'éphémère République arabe unie (1958-1961).

 

De 1958 à 1961, dans le sillage du Président égyptien Nasser,

 

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(source:wikipedia)

 

la Syrie et l'Egypte, unissent leur destin dans une République arabe unie. Mais en 1961, un coup d'état va faire éclater cette union et le rêve panarabe de Nasser.

 

c°) Le parti Baas au pouvoir.

En 1963, un coup d'état téléguidé par le parti Baas, porte  la tête de la Syrie, Amin al-Hafez.

Le Parti Baas a été crée en 1947, à Damas, pour prôner un panarabisme socialisant sous la houlette d'un chrétien, Michel Aflaq.

Taraudé par une aile nationaliste et une autre marxiste, c'est la première, qui l'emportera, en 1970, avec l'arrivée au pouvoir, après un énième coup d'état, du général Hafez el-Assad.

 

2°) La Syrie des Assad (1970- ...).

 

a°) Un régime autoritaire.

 

L'instabilité chronique des régimes politiques syriens depuis l'indépendance, la mosaïque de peuple et la diversité confessionnelle du pays, entre sunnites, alaouites, druzes, chrétiens, va pousser Hafez el-Assad

 

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à diriger le pays d'une main de fer, s'appuyant sur la police et l'armée pour faire régner l'ordre, par la répression.

Le nouvel homme fort de Damas est un alaouite, communauté chiite qui compose 10 % de la population syrienne, nettement minoritaire par rapport au 60 % de sunnites. Cette situation ne fera que renforcer sa politique de coercition envers les syriens, en majorité sunnite.

 

b°) Le combat pour la Palestine contre Israël.

 

Les états arabes de la région se focalisèrent sur le problème israélo-arabe. Les défaits militaires syriennes en 1967, 1973 et 1982 contre le puissant voisin israélien ont été durement ressenti par le régime de Damas.

Après la guerre des 6 jours, en 1967, les israéliens ont occupé le plateau du Golan, région syrienne, qui fut annexé en 1981.

La question de la restitution du Golan à la Syrie, consacré par la résolution de l'ONU n°242, reste un préalable obligatoire pour entamer un nouveau processus de paix, entre les deux pays.

Les accords de paix entre la Jordanie, l'Egypte et Israël, ainsi que les accords entre l'OLP et l'état israélien, ont désarticulé ce front arabe pour la Palestine, dont Damas se faisait le héraut.

Mais avec l'invasion israélienne du sud-Liban, en 1982, la Syrie et l'Iran, ont soutenu la création du Hezbollah, mouvement chiite libanais, pour lutter contre les israéliens. 

Le Hezbollah soutenu par Damas, a un double intérêt pour les syriens:

- faire pression sur Israël, puisque du sud-Liban, les troupes d'Hassan Nasrallah, peut bombarder les territoires israéliens.

- empêcher tout majorité stable au Liban, pour

c°) Le Liban, arrière-cour syrienne.

 

Les syriens et des mouvements libanais, comme le PSNS, n'ont jamais accepté la création du Liban, par les français, et rêvent toujours d'une Grande-Syrie.

En 1975, phalangistes chrétiens et palestiniens font parler les armes, débutant une cycle de violence qui va durer 15 ans. En 1976, l'armée syrienne intervint pour imposer un "cessez-le-feu", qui n'arrivera que beaucoup plus tard. La Syrie exploita le chaos libanais pourj contrôler le pays. Même après la fin de la guerre civile, en 1990, les troupes syriennes restèrent dans le pays, faisant du Liban un quasi-protectorat.

Mais en 2005, l'ancien premier ministre libanais, Rafiq Hariri,

 

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de confession sunnite, farouchement opposé à la Syrie, fut tué dans un attentat à la bombe. Damas fut soupçonné d'être le commanditaire de l'assassinat. L'émoi au Liban fut immense, et la communauté internationale, sous l'impulsion de Jacques Chirac et George W.Bush, fit appliquer la résolution n°1559 de l'ONU, sur le retrait des troupes syriennes du Liban.

 

d°) La Syrie de Bachar el-Assad.

 

Succédant à son père, Hafez, décédé en 2000, Bachar el-Assad

 

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malgré son modernisme apparent, a continué la politique de son père, ne démocratisant pas le régime syrien et continuant son alliance stratégique avec l'Iran.

Depuis le début de l'année 2011, dans le sillage des révolutions arabes, la population syrienne s'est révolté entraînant une spirale de violence qui continue. C'est la révolte des syriens avides de nouvelles libertés, mais c'est aussi le conflit entre une majorité sunnite contre la minorité alaouite, chiite, du président Assad, financé par l'Arabie Saoudite.

Nous pouvons donc avoir deux lectures du mouvement de contestation de 2011 :

- une révolte aspirant à une démocratisation du régime.

- une révolte alimentée par l'argent saoudien, pour imposer un régime islamique d'obédience sunnite, contrôlé par les Frères Musulmans, porteur de sombres lendemains pour les minorités chiites et chrétiennes du pays.


 

Par Tietie007 - Publié dans : PROCHE-ORIENT - Communauté : Passion Histoire
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